11ème circonscription des Hauts de Seine vue du net
Il y a les traditionnels meetings, affiches électorales, tracts du marché et des boîtes aux lettres, tournées des popottes et autres serrages de paluches. Mais comment nos candidats du XXIème siècle couronné par l’information et la communication toute puissante se sont-ils positionnés ?
13 candidats. 13 stratégies de communication différentes : des plus discrètes aux plus innovantes. Retour sur une campagne électorale, souris à la main. Et œil critique.
De l’ouverture à la fermeture à l’amiable
Souhaitant être la digne héritière de Janine Jambu, Marie-Hélène Amiable, maire de Bagneux, se présentait sous l’étiquette communiste. Sans le dire : aucun signe ostentatoire de ce parti historique ne figure sur son blog ni sur ses affiches et tracts d’ailleurs. La porte d’entrée (la "home" pour les intimes), graphiquement mise en valeur, nous prévient de l’intention de départ : "Grâce à ce média, nous pouvons être en contact direct, dialoguer, échanger. J’y donne mon avis, je formule des propositions, je vous livre mon agenda. N’hésitez pas à y réagir, votre avis m’intéresse." Une fois la porte ouverte, l’esprit de dialogue initial se traduit par une communication à sens unique, unidirectionnelle : une vingtaine d’articles (en fait des billets) en guise d’"espace de débats", un agenda pour suivre les réunions de madame, le comité de soutien (sans formulaire en ligne), des actualités riches et variées… Certes, il est possible de réagir aux billets et autres articles. Peu semblent le faire. A moins que le filtrage soit digne des années noires du communisme : aucun message contradictoire, tous à la gloire de la candidate. Du coup, l’ensemble donne un site agréable à consulter mais paradoxalement statique... et suspect. Dommage.
L’anecdote de campagne voudra que ce blog ait connu, à une semaine du premier tour, une fermeture technique. Véritable feuilleton sur fond d’écran blanc. Cela démarre dès le dimanche 3 juin : "Une panne majeure dans le systeme de stockage hebergeant votre domaine nous oblige a interrompre son fonctionnement. Nous faisons tout notre possible pour retablir le service dans les meilleurs delais sans perte de donnees". Le lundi matin, l’annonce se veut pédagogique et toujours sans accentuation : "Nous sommes actuellement en contact avec le fabriquant pour tenter de retablir le service dans la nuit. Tous nos efforts visent a eviter la moindre perte de donnees ". L’après-midi est plus incertaine : "Les experts NetApp intervenus sur notre plateforme ont reussi a identifier l’origine du probleme et a lancer une reconstruction des donnees. Nous ne pouvons malheureusement pas etre sur du succes de cette operation mais nous devons attendre qu’elle se termine, en fin d’apres midi pour connaitre le resultat". Le mardi matin est tout aussi passionnant "Nos efforts de la nuit semblent avoir porte leurs fruits. Nous avons pu installer une version de systeme de stockage corrigeant le bug qui nous bloque. Nous avons bon espoir de pouvoir retablir les sites d’ici la mi-journee". Sachant que nous avions eu droit à ce message lapidaire : "Ce site est temporairement indisponible. Nous faisons notre possible pour le remettre en service d’ici la fin de journee". Enfin, le ouf de soulagement de Marie-Hélène : "ouf, apres quelques sueurs froides dues à un incident indépendant de notre volonté, j’ai le plaisir de vous retrouver sur internet ! Pour celles et ceux qui en douteraient, ces deux jours d’absences sur la toile, n’ont pas été synonymes d’inactivité. Bien au contraire, j’ai eu un agenda très rempli : rencontre avec les sportifs, points de rencontre, fête des sports et des associations, à Bagneux, fête de la ville à Malakoff, discussions sur les marchés.... Mais le plus simple est encore de retrouver tous ces moments grace au diaporama". Comme quoi tout est une question d’images.
Réactivité tout de même dès le lendemain matin du premier tour avec les résultats de la circonscription, un appel à mobilisation générale (voir le diaporama du 13 juin) et la lettre de remerciement suite à la victoire écrasante de notre communiste locale.
Metton les grands moyens ?
C’est une révolution : notre Jean-Loup Metton, apparenté "UDF-Majorité présidentielle" (traduisez : un Modem rallié à la cause UMP sous étiquette UDF), fait ses premiers pas électroniques. Première bonne surprise, notre actuel maire de Montrouge se met au logiciel libre. Enfin, sa conseillère municipale Elisabeth Masset qui réalisa son site de campagne sur SPIP, application libre et bien connue de MontBouge [1]. Un esprit de liberté vite verrouillé : "Tous les droits de reproduction sont réservés, y compris pour les documents iconographiques et photographiques. Toute utilisation des éléments graphiques (icônes...) sans accord écrit est totalement interdite.". Comment dès lors expliquer le silence face à nos demandes de copies d’écran ? Pourquoi ce mutisme (même pas le moindre petit courriel pour décliner l’offre proposée) à notre demande (réitérée) d’interview [2] ?
Le souci juridique va jusqu’à désigner Jean-Loup Metton comme "Direction de la publication". Même le site de la ville n’a pas ce privilège ! Le metton.fr est du tractage en ligne. Comme sur le blog de Marie-Hélène Amaible, il est possible de poster des commentaires. Uniquement ceux dans la ligne du parti (ou de la mouvance) centralisatrice. Les commentaires sont surtout peu nombreux (3 le 8 juin). Peut-être sont-ils simplement refusés comme notre message [3].
A contrario, Jean-Louis Metton a créé l’évènement le lundi 4 juin de 20 h à 21 h précises : un clavardage (dit "chat"). Cerise sur le gâteau pour les absents : une restitution fidèle des échanges. Ainsi apprend-on que notre maire candidat à lui même "créé une entreprise, il y a un peu plus d’un an, en une seule journée ! ". Pour préparer sa retraite ? Pas de souci d’ailleurs car il dispose "d’un réseau relationnel dans la plupart des ministères". Cela peut toujours servir. Au sujet de l’éducation "c’est par des méthodes pédagogiques éprouvées, que d’ailleurs tout le monde connaît mais qui, pour certaines, étaient passées de mode, que l’on pourra y arriver.". Le vouvoiement ? Le retour à l’ordre moral ? La règle sur les doigts ? Le summum est atteint avec cette affirmation : "nous ne construisons pas de plus en plus à Montrouge". Mais pas de moins en moins non plus ! Heureusement notre chasseur de primes (il se qualifiait lui-même ainsi lors des cantonales de 2004) revient avec une pépite en or au sujet du centre commercial de la Vache noire à Arcueil : "j’ai obtenu du promoteur de ce centre commercial une caution d’un million d’euros en cas de baisses d’activités des commerces montrougiens.". A vérifier…
Une quarantaine de personnes en moyenne (dont "fifi", "kiki", "balo", "Toto"...) ont participé à ce "chat" avec un pic de 72 connectés simultanément (durant 5 minutes). Les questions fusent, les réponses fusent : pas de place à la réflexion de fond et aux contre-arguments. A l’image du "jeu de questions-réponses" qu’anime chaque année notre maire via l’animation de "réunions de quartier" [4]. Un vernis de communication dans un monde de propagande.
Seul couac technique, le "header" (soit le haut de page) générant un "Internal Server Error" (constaté jusqu’au 11 juin 2007). Sans compter les essais de chat à l’image d’un centrisme aligné tant à droite qu’à gauche [5] et la publication des résultats du premier tour, du moins son tableau vide de données dès le lundi matin [6] puis vite comblé.
Toutefois la dynamique en ligne de notre candidat maire s’arrête étonnamment au lendemain du premier tour. Comme si l’entre-deux tours virtuel n’existait pas. Et l’après élection aussi. Alors que ses deux concurrentes clament un appel unitaire à gauche autour de la candidature de Marie-Hélène Amiable, le site de Jean-Loup Metton fige définitivement son aspect de tract imprimé sur écran. Toujours la même lettre d’accueil, rédigée pour l’ouverture de son site. Toujours les mêmes commentaires ayant passé le droit de veto. Une fraîcheur initiale qui pâlit. Une site qui se fane dans la durée.
Mais le plus intéressant de la campagne virtuelle de Jean-Loup Metton est celle qui se déroule hors de son site : le débat suscité par sa triple investiture (UDF - MoDem – UMP) via le forum du MoDem, le remous provoqué par la destitution de la candidate UMP de Montrouge (Muriel Gibert) menaçant de présenter une liste aux prochaines municipales, l’analyse d’un caméléon peu enclin à avaler des couleuvres, la verve acérée d’un opposant socialiste souhaitant un autre désir d’avenir… Les plus moqueurs se contenteront d’aller voir la définition du Metton sur Wikipédia. Comme quoi, cette campagne nous fait manger de tout !
La ficelle Picarde
Incontestablement la recette gagnante du trio de tête des prétendants. Catherine Picard anime, depuis 2006, un blog éponyme dynamique, réactif (proclamation des résultats du premier tour dès le lundi matin aux aurores), animé, vivant, consulté, sans censure, ouvert (vers d’autres sites de gauche, vers le pacte du logiciel libre). Un blog à la gloire de la dame en rose mais avec la contradiction en plus dans les commentaires. Graphiste, et adjointe au maire de Malakoff aux nouvelles technologies, notre Internaute politique a un potentiel électronique tout trouvé. C’est net, c’est Internet. L’objectif est de soigner son image : déclarations, photos de campagne, vidéos, revue de presse … Un véritable press-book. En même temps, un blog comme tant d’autres. A la ligne graphique rouge à défaut d’être rose. Une anticipation d’un désistement programmé ? De circonstance en tout cas. Comme quoi qualité d’un site ne signifie pas retombée dans les urnes (non électroniques). Les élections finies, Catherine Picard alimente son blog. L’info en ligne continue.

En rase campagne off line
Ils sont qualifiés de petits candidats. Leur score (de 4 à 0 %) est à la hauteur de ce qualificatif. Internet aurait pu être pour eux le moyen de mieux se faire connaître. Paradoxalement, aucun ne l’a fait. Malgré une non-campagne électorale sur le terrain (hormis quelques tractages et affiches de dernière minute), Carmélina de Pablo, avec un score juste en dessous des 4 % crée la surprise : elle positionne les Verts en quatrième position des forces politiques de la circonscription. Un contraste quand on consulte le site de la circonscription : Les Verts de Bagneux et Montrouge.
Un blog local excluant Malakoff. Se payant le luxe de ne faire aucune référence aux législatives et à la "campagne" de sa candidate (absence de programme, de propositions pour la circonscription, pas de meeting...), alimenté par des textes généralistes - sans commentaires (ou si peu) malgré une modération a posteriori ! On en reste vert d’étonnement. Un blog, certes créé sous logiciel libre mais utilisant un outil propriétaire : Webzine maker. Dommage pour un site au graphisme écolo, à l’approche juridique plus souple que celle du metton.fr [7]. Les Verts ? A croire que le pluriel n’est pas de mise pour l’alimentation de ce blog…
Les autres candidats [8] font pire. Pas de lisibilité en ligne. Au mieux une photo (parfois en couleur) sur le site national voire sur la page départementale quand elle existe. Un désintérêt qui traduit un manque crucial de culture électronique au cœur d’une société dite moderne.
Internet peut être un prolongement du débat de terrain,. Ce médium peut permettre une mise en réseau d’acteurs. L’analyse des sites et des blogs de campagne du premier tour des élections législatives de la 11ème circonscription montre une hétérogénéité de positionnement en ligne. De la plus soignée mais restrictive à la plus ouverte en passant par un silence électronique. Si une campagne virtuelle ne se traduit pas forcément dans les urnes, le trio de tête (Metton - Amiable - Picard) du premier tour local correspond à une nouvelle stratégie de communication. Certes, peu novatrice. Mais un virage copernicien comparé à l’absence de sites en 2002 de ces mêmes candidats.
[1] Lire "Montbouge, SPIP et logiciels libres"
[2] Lire "Législatives 2007 : questions aux candidats".
[3] Message posté (mais jamais publié) le 28/05/2007 à 13h50 en réponse à une contribution d’un Laurent1 sur la rubrique "Pour une politique du bon sens" sur le site metton.fr : ""faire de la politique sans a priori et sans parti pris" : le problème c’est que localement, à Montrouge, cette devise du "ni ni" est très partisanne : hors du camp de Metton, point de salut : refus de voir Attac et la FCPE au forum des associations, évincement en toute légalité de tous les parents d’élèves candidats (dont certains réitéraient leur mandat) à la Caisse des écoles de Montrouge, difficultés pour des associations étiquettées "dans l’opposition" à obtenir une salle afin d’y tenir des réunions publiques (en clair, il faut louer une salle !), refus d’aider logistiquement la promotion d’un journal associatif animés par des habitants : MontBouge (qualifié, bien entendu d’opposant au régime Mettonien)... Est-ce cela la démocratie ? Derrière l’image de rassembleur centriste, Metton mène une gouvernance locale qui ne tolère pas le fait d’être critiqué. Objet même du débat démocratique. D’ailleurs ce message a peu de chance d’être diffusé. A l’image d’une absence totale de discussions sur le site de la Mairie. A moins que notre Maire use, une nouvelle fois, de son droit de réponse systématique qu’il applique dans son "Montrouge magazine", usurpant ainsi ce même droit de réponse. Sans a priori et sans parti pris."
[4] Lire "Dégustation de vin de quartier", "Ze one man show" et "Pas de quartier pour ce genre de réunion".
[5] On pouvait lire sur la page du chat "Centré à droite, Centré au milieu, Centré à gauche".
[6] Relevé du lundi 11 juin 2007 à 9 h 00.
[7] Le site "Les Verts de Bagneux et Montrouge précise : "Toute utilisation de documents issus de ce site doit en mentionner la source."
[8] Hubert Bonjean (Front National), Marie-Thérèse Galateau (Mouvement National Républicain), Juliette Sauvanaud (Lutte ouvrière), Sébastien Dardare (La France en action), Olivier Barberousse (Ligue Communiste Révolutionnaire), Denis Morillere (Parti Humaniste).