Soirée apéro chez les Bayrou locaux
C’est la bébette qui monte. Dans les sondages. Sous ses airs de grand rassembleur, au-dessus de tous les partis, Bayrou et ses acolytes jouent de l’apolistisme en dehors des partis. Soit disant en rupture avec l’éternelle alternance droite - gauche. A l’image du présidentialisme local en la personne de Jean-Loup Metton ! Pourtant, l’UDF est un parti centriste de droite… qui a toujours voté à droite. C’est Waetcher qui doit être content de s’être fait piquer son idée de « ni ni ». Un retour en force des années Giscard sous couvert de renouveau politique. Or, notre homme est un cacique du sérail ministériel ! Bien sûr, rien de tout cela n’a été évoqué lors d’un meeting de soutien à Bayrou sur nos terres montrougiennes UDF. Bien au contraire…
Une centaine de personnes, plutôt d’âge mûr, avait fait le déplacement pour l’ « apéritif-débat » du 1er mars 2007 à l’école Raymond Queneau réquisitionnée pour le soutien partisan de François Bayrou. L’observateur critique s’amusera de constater que l’invitation envoyée par la section UDF locale aux militants de base, signée de Jean-Loup Metton, insiste sur le fait que Bayrou est au sommet de sa forme : la preuve, les journalistes le suivent dans ses déplacements. Un argument de fond sûrement.
Annoncé comme orateur sur le tract orange (pour une révolution de la même couleur ?), notre Maire apolitique mais néanmoins encarté à l’UDF n’a joué que l’introduction et la fin de cette soirée à sens unique pro Bayrou. Pour Jean-Loup Metton, il importe de « défendre cette troisième voix, ce troisième homme ». Une troisième voix masculine après Arlette ? Ségolène ? Dominique ? Marie-George ? Corinne ? Et de préciser en doux clin d’œil oral « non pas que l’on fasse de la démocratie participative, c’est une autre maison. » Il est vrai qu’à Montrouge, la démocratie participative n’a pas le droit de cité et se résume à un « cause toujours, je décide » (quand on peut l’ouvrir). Pour clarifier en entrée de jeu, une phrase qui ne fait pas de mal : « le débat fait partie de la démocratie ». Un débat qui, une heure durant, va laisser place au monologue de Denis Badre, sénateur des Hauts de Seine et Maire de Ville d’Avray. Des bas… et des hauts.
La sémantique utilisée par notre maire local conforte l’impression de patchword oral, de grandes portes ouvertes, d’envolée lyrique sur l’Europe, sur l’état de la France… en la personne de Denis Badre. Un personnage qu’on nous ressort pour les grandes causes, le dernier en date étant le « Oui » au référendum sur la constitution européenne [1]. Donnez le micro à Denis, branchez-le (le micro), placez-le (le Denis) face à un public acquis à sa cause (« j’ai l’impression d’être en famille avec vous)… et vous êtes partis pour une course de haute voltige, de concepts qui s’entrecroisent, de vérités assénées, de lapalissades qui font mouche : « On en sortira par le haut en ajoutant des choses et non pas en retirant des choses (à propos de la Constitution européenne), « la situation du pays n’est pas bonne. Je ne suis pas fier d’être français en ce moment ». (pas à propos des expulsions liées à la circulaire Sarkozy), « faire travailler ensemble des hommes et des femmes de bonne volonté pour remettre le pays d’aplomb » (les mauvaises volontés apprécieront)… Le tout sans note, debout, sans verre d’eau et sans le bouton pause. Sénateur rime avec orateur. Pour sûr, il n’y a pas tromperie sur la marchandise ! Surtout que notre homme a plein de belles références : « j’ai discuté hier après-midi avec le directeur stratégique d’EADS » (à propos de l’affaire Airbus) , « je suis allé aux Etats-Unis sur la Côte Ouest pour savoir pourquoi des chercheurs français vont s’installer aux Etats-Unis. » (une recherche terrain sur la recherche), « je participe à un certain nombre de groupes de travail au Sénat ». Sans nous cacher ses nombreuses fonctions sénatoriales [2].

La recette de Denis Badre pour gonfler le moral des troupes : un mélange de patriotisme européen en guise de croc en jambe au petit Nicolas (« construire une communauté des peuples européens et non une communauté des Etats comme le souhaite Nicolas Sarkozy »), une pincée de discours social à la mode de chez nous (contre les délocalisations), une grosse cuillère de lutte contre le déficit (c’est vivre sur le dos de nos partenaires européens) avec un lien un tantinet pathos (« c’est les plus pauvres qui payent le prix des déficits ») et un objectif zéro à constitutionnaliser (« inscrivons dans la Constitution que le déficit ne doit pas être déséquilibré »), une métaphore sportive (« en ce moment, nos partenaires européens disent que la France n’est pas un bon équipier), une pincée altermondialiste (« quand la France empreinte, il n’y a plus un sous pour les pays les plus pauvres »), un chouilla d’élan démago...cratique (« l’engagement politique a un sens »), une dose de chef de famille (« c’est comme dans votre famille »), une pointe professorale monétariste (« il y a un défaut d’autorité politique monétaire européenne pour négocier les parités monétaires), un soupçon de gestion des ressources humaines (« ce n’est pas un problème de postes mais de qualité des personnes qu’on garde »), un nuage inodore de libéralisme (« c’est sur le prix final (le produit) que l’impôt doit être porté en dépassant l’idéologie de l’impôt progressif »), un velouté de sainte croissance (« je cite Paul VI : aujourd’hui, le pays c’est le développement »), un zest d’autodérision (« la sociale économie, ce n’est pas un centrisme mou. Les centristes sont durs, les mous sont partis »). Pour conclure sur un e-bay…rou via le site officiel du candidat tant clamé : « François », pour les intimes.
Après l’écoute attentive, ponctuée d’un silence religieux, notre prêcheur de bonnes paroles répondit aux questions de la salle. Nous eûmes droit à un « militant de l’Europe », à une enseignante dite de gauche virant pro Bayrou (« Est-ce que François Bayrou va changer la machine Education Nationale ? »
- il va juste libéraliser le marché comme il a essayé de le faire en tant que ministre de l’éducation nationale - NDLR), à une peronne questionnant « le projet de réforme de Bayrou sur les deux services publics : Justice et Police », à un témoignage d’une personne handicapée « ancien électeur de gauche » (décidément !) sur l’engagement de l’Etat à recruter des personnes handicapées, à une internaute fan de bayrou.fr, à un repenti de l’UMP inquiet des discriminations à l’embauche… Denis approuve, acquiesce, est aux anges : « Merci du fond du cœur ! », « je n’ai pas grand-chose à dire sur ce que vous venez de dire », et repart de plus belle sur des explications qui nous font presque oublier la question de départ... Simple couac final : une militante UDF fait remarquer à notre Denis local que son « discours [est] réducteur par rapport à François Bayrou ». En effet, Denis une facheuse tendance à employer le masculin dans ses paroles. François, lui, utiliserait systématiquement le genre neutre. Comme quoi le centrisme n’est jamais loin. Y compris dans les abus de langage.
Nous tenons à rassurer les partisans de François Bayrou : seules ses affiches de campagne ont été détournées en clin d’œil à cet article.
[1] Lire Une astuce de OUI-OUI
[2] Voir la fiche de présentation de Denis Badre sur le site du Sénat.
plutôt d’âge mûr écrivez-vous serait-ce un propos discriminant,ou vous incluant à ces personnes,
( mais expliquez-nous la définition des personnes qui ne sont pas d’âge mûr ?)
votre haute participation serait-elle passée inaperçue, ou la nuance, plutôt d’âge mûr, sous-tendait que vous vous en excluiez de facto,
en répondant à la question ci-dessus nous comprendrions mieux ce que vous tentiez de faire passer comme message.
Il faudrait savoir...
En fait votre pseudo humour pourrait bien s’appliquer à vous puisque vous auriez bien pu y participer, selon vos théories de démocratie participative pour éclairer l’obscurantisme de vos lumières, malheureusement vous avez manqué singulièrement de voix, dommage !...