La BD plein la gueule
Rencontre avec Philippe Morin, fan de fanzine et de BD
Notre homme est grand. Par la taille certes mais par ses références en bandes dessinées, ses anecdotes, ses rencontres et sa connaissance du 9ème art. Il a hésité à en faire son métier puis est devenu architecte. Le dessin n’étant pas si loin. Un avenir professionnel plus certain d’autant que sa passion de jeunesse ne l’a jamais quittée. Philippe Morin, montrougien depuis toujours, a grandi avec la BD : à 10 ans c’était Pif Gadget, à 15 ans Métal Hurlant puis plus tard Pilote. « J’appartiens à une génération où la BD a connu une révolution qui correspond parfaitement à mon évolution en âge » constate-t-il.
PLG pour plein de fonds
En 1978, encore lycéen, Philippe Morin, avec deux autres copains, créent un fanzine au titre potache et bien trempé : Plein la gueule pour pas un rond. PLGPPUR pour les intimes (« un nom qu’on ne criait pas trop fort car ça ne faisait pas sérieux ») se contractera en PLG,
à l’allure plus neutre. Sa structure juridique portera le doux sigle d’APJABD pour Association pour la promotion des jeunes auteurs de la bande dessinée afin de « les publier pour les faire connaître et leur permettre d’être édités professionnellement ultérieurement ». PLG est une publication annuelle décryptant l’univers exaltant de la BD alternative et indépendante. Une richesse éditoriale qui, 26 ans plus tard, continue de tisser sa toile. Le fruit d’un travail de loisirs, d’une fascination « par l’omniprésence du dessin ». Son sport de plaisirs. Avec un angle éditorial spécifique : « on n’a pas voulu faire exclusivement de la publication de BD ». Le secret de longévité de PLG se caractérise par une alchimie faite de rencontres de jeunes auteurs (qui continueront à publier dans PLG tels que Bilal, Goossens, Giraud dit Möebus…), un fanzine qui parle de BD à travers interviews - critiques et reportages, une persévérance à toute épreuve, une consécration à Angoulême en 1982 en décrochant le prix Alfred, une reconnaissance dans le petit monde de la BD pour le sérieux et la qualité du travail fourni. 26 numéros dont deux seulement sont consultables à la médiathèque de Montrouge ! Des trois fondateurs, Philippe Morin est le seul à continuer l’aventure.
L’architecte de la BD
A l’écouter, notre homme est intarissable sur le marché de la bande dessinée (évolution, concentration), sur le monde des jeunes auteurs (créativité, inventivité), sur le métier de BéDéiste (du pigiste en agence de communication au passionné persévérant), sur les labels indépendants (l’Association, les Requins Marteaux, Cornélius…).
Son premier choc, il le doit à Hergé qui lui envoie un dessin en 1976. Le dessin d’Hergé trône fièrement sur un pilier de son appartement. C’est la découverte « d’un monde inaccessible pas si inaccessible que ça ». Suivront des rencontres de proximité (Bilal sera le premier), des propositions d’auteurs. Le contexte étant favorable. « A l’époque, il y avait peu de maisons d’édition, le repérage se faisait par fanzines interposés, passages obligés pour de jeunes auteurs ; ça a complètement changé quand les éditeurs indépendants sont apparus ». Initiateur à Angoulême de la création de labels indépendants, Philippe Morin s’occupe de la partie fanzine pour le festival de la dite ville. Il reçoit des fanzines du Monde entier et glisse subtilement : « le meilleur moyen de les recevoir plutôt que de les acheter c’est d’en parler ».
Quand une édition en cache une autre
On ne suit pas les 30 glorieuses de la BD sans se remettre en question, sans s’adapter à la demande des lecteurs. Pour Philippe Morin, « l’âge d’or du fanzine est révolu dans un monde où l’on a accès à des dizaines de sites à l’information immédiate ». Aussi, PLG se tourne de plus en plus vers l’édition. De l’édition d’un fanzine à l’édition de livres avec une filiation naturelle : « des gens qui ont publié dans PLG commencent à faire des livres chez PLG ».
C’est le cas de Pinelli, auteur Belge dont PLG a dès le début soutenu le travail, Moynot avec « La pension des deux-roses », Colonel Moutarde pour son titre « Johnny rien-à-foutre ». Sur un autre registre, d’autres ouvrages de réflexion sur la BD attestent du panel éditorial de PLG [1].
A écouter entre vos oreilles
MontBouge proposera de vivre en différé la rencontre avec Philippe Morin. Les extraits audio seront classés par thèmes :
la création du fanzine PLG,
de l’origine des labels indépendants au festival d’Angoulême,
les rencontres autour de la BD,
PLG versus édition,
la passion de la BD,
le marché de la BD,
les traits dessinés de Montrouge : de ses auteurs à son urbanisme.
[1] « Le petit critique illustré – Guide des ouvrages consacrés à la bande dessinée » d’Harry Morgan et Manuel Hirtz, « Edgar P. Jacobs et le secret de l’explosion » de Renaud Chavanne, « Sera en d’autres territoires » d’Eric Joly et de Dominique Poncet, « Jeux d’influences – 30 auteurs de bandes dessinées parlent de leurs livres fétiches ». Pour constater l’étendue de la richesse éditoriale de PLG, consulter son catalogue en ligne. Pour passer commande : PLG, BP 94, 92120 Montrouge cedex.