Réfléchissez, vous êtes sondés... (2)
(au secours ! n’en jetez PLU sur le POS...)
Après avoir répondu à plus de la moitié du questionnaire proposé par la mairie de Montrouge [1],
nous avons déambulé, moi et mon double inséparable, dans les rues de la commune, à la lumière des questions posées, celles-ci en appelant d’autres : Où sont donc les 800 pavillons ? Comment sont répartis les logements sociaux sur la commune ? Plus technique : A-t-on construit "en alignement" ou "en retrait" ? Quels bâtiments faut-il préserver ? Quels lieux sont promis à la démolition ? Où mettra-t-on la fameuse "tour à l’architecture remarquable" ?...
Et parce qu’il n’est pas interdit de réviser, nous avons pris soin d’observer ce qui nous a permis de répondre à la suite du questionnaire : l’environnement, les commerces et les déplacements (rappel : en italiques, les extraits du questionnaire) :
Le profane : On reprend le questionnaire ? Le prochain sujet, c’est l’environnement. Il y a 3 questions...
Le professionnel : C’est le minimum sur un thème pareil !
Le profane : Ne recommence pas à persifler... En questions 15, 16 et 17, on me demande si je suis "favorable au développement des espaces verts publics", si "le principe de protection des espaces verts, privés ou publics, doit être étendu (au-delà de ceux déjà protégés par le POS (?) actuel" et si je suis "favorable à ce que le PLU préconise des normes de construction écologiques"...
Le professionnel : Je connais déjà ta réponse, ainsi que celle de tes concitoyens ! Qui peut être opposé aux préoccupations écologiques et au développement du végétal, surtout lorsqu’il est précisé dans le questionnaire qu’il y a "8 hectares d’espaces verts publics" pour "30 hectares d’espaces verts privés" ??? C’est un travers de mon métier que de poser, à la demande des commanditaires, des questions dont on connaît déjà les réponses ; tout l’art de mon savoir-faire consiste à rendre le procédé invisible ! (quant au POS : c’est le Plan d’Occupation des Sols, maintenant remplacé par le PLU !)
Le profane : Il me semble qu’on m’avait déjà fait le coup à la 11ème question : comment répondre qu’il faut "maintenir des entreprises et favoriser l’implantation de nouvelles (dans les quartiers d’habitation)" quand on précise que "certaines de ces entreprises provoquent des nuisances" ?
Le professionnel : Je vois que la leçon commence à porter...
Le profane : Et puisque tu me pousses à être retors, je te signale qu’on me propose de "développer les espaces verts... partout où c’est possible" : il y a 10 ans, avant le déferlement immobilier, c’était encore davantage possible !
Le professionnel : Là, c’est toi qui persifles...
Le profane : Passons au commerce. A la question 18, on me demande (enfin) si je suis satisfait...
Le professionnel : Je sais, ce questionnaire te donne peu l’occasion d’exprimer tes (in)satisfactions. Dans mon jargon, il s’agit d’une étude "des attentes et des besoins", pas d’une étude "d’image / de satisfaction". C’est un choix et je suppose que ta municipalité a d’autres moyens de recueillir les opinions et doléances de ses concitoyens, au travers de réunions, de consultations...
Le profane : ??? (silence...)
Le professionnel : Bon, reprends : es-tu satisfait des commerces... ?
Le profane : Plutôt, quoiqu’il y aurait beaucoup à dire sur la diversité notamment, mais on ne m’en laisse pas la place ! Exemple, sur "l’accessibilité des commerces (stationnement, zones piétonnes)", je n’ai aucun reproche à faire... si ce n’est que je ne connais aucune zone piétonne, excepté une rue excentrée dans laquelle un magasin de jouets s’est exilé et une autre rue, dans laquelle la principale affluence provient de l’ANPE locale...
Le professionnel : Ne râle pas ! les questions 19 et 21 te permettent -en partie- de demander des améliorations...
Le profane : En Q.19 : je peux "favoriser l’implantation de petits commerces..." ou "de surfaces commerciales plus vastes", "améliorer l’accessibilité des commerces", "réserver des espaces commerciaux au rez-de-chaussée des nouveaux immeubles" ; et en Q.20, je peux choisir mes commerces : "loisirs, culture" plutôt que "services : banques, immobilier..."... Oui, d’accord, je me calme !
Le professionnel : Et la question 20 ?
Le profane : Le métier rentre ! Je vois là l’exemple-type du cas déjà évoqué de réponse induite par la question : après l’annonce d’un "centre commercial de 80.000 m2 à la Vache Noire", comment peut-on raisonnablement "être confiant pour l’avenir des petits commerces à Montrouge" ?
Le professionnel : A défaut d’être utile, la question et la réponse feront -j’en suis sûr !- au moins plaisir aux petits commerçants : la municipalité est à l’écoute de leur probable inquiétude, et la population elle-même s’inquiétera de leur avenir !!!
Le profane : Mais que peut-elle faire, la mairie, face à cela ? Surtout que -honte à moi !- je suis obligé d’avouer, aux questions 22 et 23, que je fais plus souvent mes achats ailleurs qu’à Montrouge...
Le professionnel : N’aie pas honte ! Imagine seulement ta silhouette si, comme il est demandé, tu faisais "systématiquement tes achats d’habillement à Montrouge" ! Et ton niveau culturel si tu effectuais "systématiquement à Montrouge tes activités culturelles et de loisirs" !
Le profane : A l’heure où s’ouvre à Montrouge le 51° salon d’Art contemporain -que je te conseille de visiter en partant, je te trouve un peu sévère ! Evidemment, pour ce qui est du théâtre ou de la musique... Allez, je continue, je sens que tu commences à t’impatienter... Et il reste le thème des "déplacements" : une seule "vraie" question en fait (parce que les questions 25 et 26 me demandent simplement "si j’utilise Montbus" et "quels moyens de transport j’utilise à Montrouge et en dehors"). Question 24, donc : j’ai la possibilité d’inscrire comme prioritaires "l’amélioration des transports en commun...", "la création de voies cyclables...(évidemment) là où c’est possible (!)", "l’aménagement de nouvelles rues piétonnes"... 9 priorités possibles, ce n’est pas si mal !
Le professionnel : C’est vrai... Ceci étant, qu’en est-il du prolongement du métro sur Montrouge ? Des "zones 30" ont-elles été implantées pour réduire la vitesse ? Qu’en est-il d’une vraie politique en faveur du vélo ? ... Il y en a des questions non traitées...
Le profane : Tu redeviens critique ! Rassure-toi, j’ai un tout petit cadre, question 27, pour donner "spontanément" mes vraies priorités en matière de déplacements. Et on a fini, juste le temps que je me présente dans les dernières questions : sexe, âge, profession, composition du foyer... Qu’est-ce que ça peut bien leur faire, d’ailleurs ?
Le professionnel : C’est une question récurrente dans mon métier ! Ca sert à l’analyse : connaître, pour chaque question, "qui répond quoi". S’apercevoir par exemple -on peut rêver !- que, quel que soit l’âge, la profession ... et plus généralement le niveau socio-culturel des interviewés, ceux-ci souhaitent en grande majorité que l’on construise davantage de logements sociaux. Ou, autre exemple plus probable, que les jeunes parents sont plus nombreux que les retraités à juger prioritaire la création de crèches...
Le profane : Mais qu’en fais-tu de ces analyses ?
Le professionnel : Là est la question ! En fait, je suis censé en déduire des recommandations, malheureusement circonscrites aux questions qui ont été souhaitées et posées par le commanditaire : c’est la limite de l’exercice. Si je suis intègre (ce qui -tu peux me croire !- est mon cas comme celui de la Sofres), je présente aussi ce qui fâche, les conclusions qui ne vont pas dans le sens des résultats attendus, ne serait-ce que pour rendre un travail exhaustif ! Ensuite, les résultats et leur utilisation sont la propriété exclusive du commanditaire : dans le cas présent, la balle est dans le camp de la mairie de Montrouge...
Le profane : Mais depuis le début, tu dénigres ce questionnaire. Et là, tu dédouanes la Sofres...
Le professionnel : Je l’admets, c’est un réflexe un peu corporatiste mais il reste vrai que le questionnaire final est, dans notre pratique quotidienne et malgré nos éventuelles réticences, celui que le client valide ; et sauf cas moralement condamnables (ce qui est exceptionnel !), on accepte la volonté du client. A ce propos, tu ne m’as pas lu la toute dernière question...
Le profane : "Est-ce que j’habiterai encore Montrouge dans 10 ans ?"
Le professionnel : Ta réponse dépend de tant de facteurs personnels que son interprétation est absolument impossible ! Une question aussi peu utile que la toute première ("êtes-vous satisfait de vivre à Montrouge ?"). A moins qu’elle ne vise à comparer les résultats des Montrougiens des années 2010 et de ceux qui ne seront plus là dans 10 ans, et qui ne bénéficieront pas des prochains "efforts" de la mairie...
Le profane : Là, tu divagues !
Le professionnel : Ok, revenons au "métier". Pour les résultats comme pour le questionnaire, nous sommes soumis au secret professionnel et le commanditaire a tout pouvoir de les garder pour lui, ou de les diffuser honnêtement, ou de s’en servir comme outil de communication, voire à des fins électorales !
Le profane : Ne préjuge pas, attendons de voir !
Le professionnel : D’accord, mea culpa ! Ceci dit, dans le cas où l’étude ne serait pas rendue publique, tu as parfaitement le droit et je t’engage donc à la demander aux instances municipales... Et ils auront d’ailleurs le droit de refuser !
Le profane : Je n’hésiterai pas, et si on nous écoute, je ne serai sûrement pas le seul...
Le professionnel : Tu as encore une seconde ? Parce que je ne t’ai pas dit l’essentiel ! ...
Le profane : Oui, je t’écoute !
Le professionnel : Les responsables de l’enquête ont choisi de proposer un questionnaire "auto-administré", au lieu d’une enquête administrée au téléphone par exemple, par un enquêteur. L’avantage pour toi, c’est que tu as tout loisir de reprendre ton questionnaire, de revenir en arrière, de corriger une réponse au vu de ce que tu as déclaré ensuite, bref de mieux contrôler tes réponses... Tu me suis ?
Le profane : A peu près !
Le professionnel : Accroche-toi une dernière seconde, car ça devient technique ! L’inconvénient de ce genre d’enquête est l’incertitude absolue quant à la représentativité de l’échantillon qui aura répondu. Et dans la profession, on sait tous que, dans la pratique, certaines populations répondent davantage que d’autres : les cadres plus que les ouvriers, les vieux plus que les jeunes... Tu devras donc être très vigilant à la lecture des résultats, qui pourront être calculés selon 2 méthodes : soit ils seront établis sur la base de ceux qui auront répondu, soit ils seront recalculés "après redressement", c’est-à-dire après avoir fait en sorte que toutes les catégories de population (en termes de sexe, d’âge, de profession...) soient représentées à leur niveau réel, dans la population montrougienne pour l’exemple qui nous occupe...
Le profane : Mais la distorsion peut être énorme !
Le professionnel : Je vois que tu as compris : dans le choix de la méthode, il s’agit encore de politique... Ne t’inquiète pas, quand tu auras les résultats, je serai encore là pour t’aider à les décrypter !
(à suivre donc, mais plus tard !)
[1] Lire « Réfléchissez, vous êtes sondés ! (1) ».
je me vois ravie de découvrir ce site fort bien intéressant et je me vois aussi fort étonnée de NE PAS avoir reçu ce questionnaire. Je savais que le quartier de la rue Danton était une zone sinistrée (à y habiter, on s’en rend vite compte ... ) mais de là à être carrément boudé par la Mairie sauf pour leur fabuleux magazine dont nous ne manquons aucun numéro !
au passage avez-vous une adresse mail, car je viens d’envoyer une lettre pleine de questions au maire de Montrouge via internet et je doute d’obtenir une réponse, négativiste ? Non bien entendu. Si je vous l’envoyais, peut être auriez vous des réponses pour m’éclairer ou du moins commenter cette lettre avec votre plume ?
Bien Cordialement